Compte-rendu des maraudes de novembre 2006

| publié le 12 janvier 2007 |

L’hiver approche et une grande partie des exilés, dont des mineurs, doit encore dormir le long du canal St Martin. Il ne fait pas assez froid dans les bureaux des responsables du plan d’urgence hivernal pour que le niveau 2 soit déclenché et la protection des mineurs en danger n’est toujours pas à l’ordre du jour. Les exilés sont donc fortement poussés à poursuivre leur errance ailleurs, à la recherche d’un pays qui pourrait les accueillir correctement. Cette situation va encore se dégrader. Depuis quelques semaines arrivent des exilés afghans ayant fui les combats et les menaces des talibans qui se sont multipliés depuis le début de l’année. Le nombre de ces réfugiés, et celui des mineurs isolés, vont probablement augmenter dans les mois à venir. Ne doutons pas que tout sera fait pour les décourager de rester en France.

Pour lire ce document en pdf :

PDF - 43.6 ko
CR novembre 06 exiles

Nuits difficiles

Le froid et la pluie arrivent et les exilés sont toujours au bord du canal St Martin. Il ne fait pas encore suffisamment froid pour que le troisième bus du plan d’urgence hivernale soit mis en place. Chaque soir entre 10 et 20 personnes ne peuvent y monter, principalement des exilés. Pourtant, comme l’an dernier, une centaine de places reste libres à « La Boulangerie ». Entre trente et quarante exilés vivent donc chaque nuit dans le froid humide du canal St Martin. Les plus chanceux peuvent s’abriter sous des tentes, d’autres n’ont que des couvertures et certains préfèrent marcher une partie de la nuit dans la rue. La distribution d’une cinquantaine de blousons fournis par le Secours Populaire et d’une cinquantaine de couettes de la SNCF sont une aide appréciable, mais ne résout pas le problème de fond. Près du square Alban Satragne la situation des Kurdes, une quarantaine, n’est pas plus enviable, d’autant plus que leurs abris sont régulièrement détruits par la police. Peu viennent essayer de monter dans les bus du dispositif « Atlas ». L’un m’a dit un jour qu’en fait les bus étaient faits pour les afghans et que c’était pour cela qu’on les avait éloignés de la Gare de l’Est. Les Afghans disent eux que ce sont toujours les Kurdes et les Arabes qui montent en premier. Difficile de leur ôter ces idées de la tête. Plusieurs fois durant ce mois de novembre des rumeurs ont inquiété les exilés : une distribution de tracts dans le jardin Villemin, le passage de personnes près du canal leur ont fait croire qu’ils allaient être virés du canal et mis dans des « camps » (en fait des foyers). Ces rumeurs auraient d’après les « anciens » été à l’origine de départs importants (les trois quarts des exilés en trois jours) vers la mi-novembre . D’autres rumeurs venues de Calais y ont certainement contribué : .rumeurs sur des passages massifs en Angleterre (partiellement vraies car avant la manifestation du 4 novembre les passages avaient été, semble-t-il, plus faciles), et rumeurs sur la création d’un foyer pour eux (le projet Barras de création d’un lieu de distribution de repas, de vêtements, et d’accueil, qui une fois détaillé leur semble beaucoup moins intéressant, d’autant plus qu’ils ont peu d’espoir d’en voir la réalisation achevée).

Les mineurs

Pour les supposés mineurs pas question d’espérer une place au chaud, supposés mineurs car la détermination de l’âge au faciès ou au regard est loin d’être une méthode fiable de détermination de l’âge, même si certaines associations d’accueil des mineurs étrangers la pratiquent parfois (ce qui provoque étonnement et colère de la part des jeunes et ce qui n’aide pas les autres à se rendre dans ces associations). Ce tri au faciès est une mission délicate voire impossible à réaliser par le personnel du « Cœur des Haltes ». Nous n’avons de notre côté aucune envie de participer à cet exercice ridicule, d’autant plus que, même en les voyant tous les jours, il nous est impossible de dire si un jeune à 16 ans ou 19 ans seulement en le regardant. Ils sont cependant peu nombreux, entre 10 et 15 selon les périodes, qui nous disent avoir généralement entre 15 et 17 ans. Trois beaucoup plus jeunes (autour de 12 ans) sont passés. Aucun des mineurs n’a voulu se rendre dans les associations du dispositif parisien d’accueil des mineurs étrangers isolés. Ils restent méfiants et ne souhaitent pas rester. Ce qu’ils voudraient c’est pouvoir dormir au chaud, mais cela ne concerne apparemment pas les autorités qui refusent toujours d’appliquer le droit français et international en matière de protection des mineurs. L’un d’entre eux a quand même fini par se décider à accepter d’aller à « Enfants du Monde Droits de l’Homme », après plusieurs mois dans la rue à Paris et à Calais. Un autre a rejoint le CAOMIDA.

La situation de ceux qui veulent rester n’est pas toujours très enviable. Les délais de traitement des dossiers par le juge pour enfants sont très longs et ont conduit les associations à remettre à la rue ceux qui étaient hébergés dans les hôtels. Nous rencontrons régulièrement 6 d’entre eux place du Colonel Fabien, lieu de la distribution des repas de « l’Armée du Salut » ou près des tentes du canal St Martin. L’attitude de l’ASE envers certains pose également problème. Elle a fait appel des OPP (Ordonnance de Placement Provisoire) pour deux d’entre eux, refusant de prendre en considération les documents établis par l’Ambassade d’Afghanistan. Curieux chantage pour A. : « tu demandes l’asile et dans ce cas on te garde peut-être jusqu’à 21 ans (avec des contrats jeunes majeurs) ou bien on fait appel ». Après l’intervention de son collège (qui d’ailleurs n’a réagi que suite à notre intervention) cela s’est transformé en « ou tu demandes l’asile ou à 18 ans on te met dehors ». Le CAOMIDA (centre d’accueil et d’orientation pour mineurs étrangers) ne pouvant plus le garder, il a passé quinze jours sous le pont Louis Blanc... tout en allant à l’école dans la journée. Un jeune pris en charge depuis septembre, avant ses 16 ans, n’est toujours pas scolarisé. Lui toujours calme et gentil s’est un peu énervé et a passé trois jours près du canal.

Après cela, comment dire aux jeunes qu’ils ont la possibilité de rester en France ? Ces histoires les découragent même si on leur présente quelques « success stories ».

Des histoires d’asile

Deux jeunes de Ghazni ont fui les combats en Afghanistan lors de l’opération de la Coalition durant l’été. L’aggravation de la situation va certainement entraîner d’autres départs que ce soit pour fuir les talibans ou par peur d’être incorporés dans l’armée. A. dont le père Moudjahidin a expédié sa famille en Iran au moment de l’arrivée au pouvoir des talibans. Après la chute des talibans, retour au village, jusqu’au moment où reprennent les combats en 2006. Dès lors viennent des menaces de la part des talibans qui demandent au père de les rejoindre s’il ne veut pas être considéré comme un ennemi. L’intervention mi-août de l’ISAF contre les talibans fait que ceux-ci accusent son père de les avoir dénoncés à un ami responsable dans l’armée et de collaboration avec le pouvoir et les Américains. Menaces de mort (il dit avoir une lettre du gouverneur attestant ces menaces), fuite à Kaboul quelque temps chez un parent jusqu’à ce que celui-ci reçoive aussi des menaces, d’où nouveau départ de la famille. A. est passé en Iran et il décrit l’attitude très dure des autorités iraniennes vis-à-vis des Afghans, puis il réussit à passer en Europe et n’a pas de nouvelles de sa famille. Il aurait voulu avoir des documents sur les combats entre la Coalition et les Talibans autour de Ghazni, mais il a été impossible de trouver sur Internet des articles suffisamment détaillés pour l’aider. D. lui s’est converti au catholicisme mais n’a pas de preuves avec lui. Les liens Internet qu’il nous a fournis ne permettent pas de retrouver les associations dont il fait partie. Dans ces conditions, il semble d’après FTDA que cette conversion risque d’être suspecte aux yeux de l’OFPRA.

Un autre a fui après les incidents lors de l’Achoura en février dernier à Hérat. Il nous a demandé des articles sur ce sujet. Un exilé venant de Venise a décidé de retourner en Italie. Il me dit qu’il y a peu d’expulsions vers la Grèce et qu’il pourra plus facilement obtenir l’asile. Il nous montre l’histoire qu’il a écrite : son père assassiné en 1992, la fuite vers le Pakistan où il arrive à 11 ans, un retour rapide en Afghanistan à la recherche de sa famille durant lequel il est menacé et le départ vers l’Europe. Son histoire, comme souvent, manque de détails, de précisions.

Un autre raconte son histoire : le père, responsable local durant la période soviétique a été assassiné avec son oncle, sa mère est morte en Russie où la famille était partie. Lui est revenu en Afghanistan d’où il a dû fuir vers l’Iran. Son histoire tient la route d’autant plus qu’il nous dit disposer des preuves nécessaires. Son inquiétude concerne ses deux jeunes sœurs mineures qu’il a laissées en Iran. Pourra-t-il les faire venir s’il a son statut de réfugié ?

H. pose le problème que rencontre son ami, réfugié statutaire en Grèce. Il se sent en danger là-bas à cause des nombreux Afghans qui passent par la Grèce. Il souhaite pouvoir aller dans un autre pays européen. Ceci est théoriquement possible mais il devra prouver qu’il est réellement en danger en Grèce et il n’a aucun document, même pas les preuves écrites de ses plaintes auprès des autorités grecques.

Tous auraient voulu prendre le temps de discuter longuement de leurs histoires respectives pour savoir s’il leur était possible de faire une demande d’asile. FTDA, surchargée, ne leur a pas proposé de rendez-vous, les renvoyant juste vers l’accueil pour leur domiciliation. Ce n’était pas ce qu’ils souhaitaient. Tous ont préféré partir vers d’autres pays.

K. et ses deux enfants sont toujours dans l’attente. Après un premier refus de réadmission de la part de l’Italie et la Grèce, la préfecture s’entête et fait une nouvelle demande. Cela fait maintenant plus de 3 mois qu’il s’est rendu pour la première fois au Centre de Réception des Etrangers et n’a toujours pas d’Autorisation Provisoire de Séjour. FTDA lui avait dit qu’ils interviendraient, trouvant l’attitude de la préfecture inacceptable mais il semble que la lettre prévue n’ait pas encore été rédigée.

Du côté des Kurdes la volonté inébranlable d’aller ailleurs se traduit souvent par des passages très courts à Paris. Mais quelques anciens sont régulièrement présents, déboutés, dans des situations administratives invraisemblables, souvent avec de la prison à la clef. L’un est victime de « double peine » c’est-à-dire la prison assortie de 10 ans d’interdiction de territoire. Mais il est difficile d’en savoir plus sur leur parcours précis, car même si ceux-ci parlent français, les échanges restent limités, et on a l’impression qu’eux-mêmes ont du mal a comprendre clairement l’OFPRA et la CRR ... De fait, il semble que l’un d’entre eux n’a même pas fait appel de la décision de l’OFPRA qui est arrivée alors qu’il était en prison. Des cas assez désespérés en somme, avec tentative d’aller en Belgique, refoulement à la frontière etc... Ces gars sont désormais des sans papiers en bonne et due forme, sans réseau d’entraide sur lequel s’appuyer. Assez effondrés d’avoir quitté l’Irak pour se retrouver à la rue sans rien.

Où aller pour être accueilli correctement

Nombreuses questions sur l’asile et l’accueil dans les autres pays. L’Angleterre reste une destination privilégiée, mais beaucoup cherchent d’autres pays où ils pourraient construire leur vie. Les pays nordiques attirent et beaucoup nous ont demandé des informations sur ceux-ci. Des projets aussi vers la Suisse, mais l’évolution actuelle de la loi sur l’immigration et l’asile les décourage. Que répondre à ceux qui cherchent le meilleur pays possible dans le meilleur des mondes possible ? On ne dispose que des textes officiels des différents pays européens, de quelques informations d’associations mais en fait de peu d’informations pratiques et concrètes sur la situation des exilés dans ces pays.

L’accès aux soins

La langue constitue un barrage important. Même si aucun ne nous a dit avoir été refusé, plusieurs ont rencontré des problèmes. Ils n’avaient pas compris qu’ils devaient attendre le médecin, ou qu’ils pouvaient avoir les médicaments gratuitement sur place. Il a donc été décidé après discussion avec les assistantes sociales des PASS de faire une note en français, farsi et sorani pour bien leur expliquer les démarches.

Plaisanterie policière

Un exilé a eu une contravention pour avoir traversé hors des passages cloutés. Il était bien ennuyé avec sa contravention qu’il devait payer en envoyant un chèque de 4 euros. Pas de nom ni d’adresse, bien entendu, sur ce bout de papier qu’il a fini par jeter.

Toujours des personnes bizarres

Nous avons revu cette personne au comportement étrange. Il nous évite mais c’est intéressant de l’observer : il tourne en rond autour des Afghans (surtout des jeunes) en cercles plus ou moins larges, traverse, revient, ne leur parle pas, se contentant de dévisager certains (cela me faisait penser à la stratégie d’un oiseau de proie), attend le départ du dernier bus, revient... mais ce soir les jeunes étaient partis rapidement... il reprend sa voiture et repart. Comportement à l’opposé de celui qui est à midi près des cabines et qui discute avec les exilés, leur apporte de la nourriture, fume tranquillement son cigare.

Documents associés

CR novembre 06 exiles
Document PDF associé

| taille : 43.6 ko

 

 

- Accueil
- Jungles de Paris (La Chapelle, quai d’Austerlitz ...)
- la liste zpajol
Historique 2001-2007
9ème collectif
- communiqués
- Les sans-papiers du 9ème collectif à l’UNICEF
- Les sans-papiers du 9ème collectif sous la protection des syndicats
- Occupation de la Fédération 93 du PS - janvier 2005
CAE (Collectif Anti-Expulsions)
- Avec les collectifs de sans-papiers en lutte
- Communiqués du CAE
- Expulsions et inculpations de passagers
Guides et brochures
Brochures
- Brochure n°5 - Ni prisons, ni rétention, ni expulsions
- Guides juridiques
International
- Journées internationales d’action des 14-15 octobre
Matériel
- Affiches
- Autocollants
Qui sont les expulseurs...
- Groupe ACCOR
- Groupe ENVERGURE
- la Croix Rouge
- Rendez-vous
Rétention et zones d’attente
- Choisy-le-Roi (Val de Marne - 94)
- Palaiseau (Essonne - 91)
- ZAPI 3 (zone d’attente de l’aéroport de Roissy)
- Zone d’attente de la Gare du Nord (Paris)
actions et manifestations
- 2 avril 2005 journée européenne de mobilisation
- 2ème Caravane européenne pour la liberté de circulation et d’installation (Barcelone)
- 3ème journée européenne d’action sur les migrations (7/10/06)
- Manifestations
- mouvements dans les centres de rétention français
- Débats
Ressources
- France
- nos liens
sulle migrazioni e sulle espulsioni
- i centri di detenzione per immigrati
- la comunità romena
Collectif des exilés du 10ème arrdt de Paris
Actions passées
- Accueil de nuit tournant hiver 2003-2004
- Appel à coucher dehors - juillet 2003
- Charter vers l’Afghanistan - Décembre 2005
- Interpellation des politiques - janvier à mars 2004
- Les anciens Zut ! Zut ! , le bulletin d’information du collectif.
- Mobilisations autour du Centre de Réception des Etrangers
- Occupation du SSAE - octobre 2003
- Premières mobilisations - mars à mai 2003
- Rapport sur la situation - mai 2003
- Compte-rendu des maraudes
- Infos pratiques sur l’asile
Les exilés à Calais
- Revue de presse
Les exilés sur les routes d’Europe
- Grèce
- Liens
Projets/Actions en cours
- Mineurs en danger
- Quelques photos
- Qui sommes nous ?
- procès Bouygues
- Caravane des Effacés slovènes (2006)