dans le labyrinthe des centres de rétention (CRA du Mesnil-Amelot)

vacarme n°37, automne 2006

par Carine Eff | publié le janvier 2008 |

Résumé de l’épisode précédent : dans une bibliothèque à Agadez, au Niger, deux Camerounais regardent un western à la télévision. Ils sont là en transit, à la conquête du Nord. Mais ils ne parviennent pas à trouver la brèche dans le dispositif de sécurité des frontières européennes. Depuis deux ans qu’ils sont sur les routes, leurs pas les ramènent en arrière. Ils sont comme enfermés dans le continent africain (Vacarme n°35). Cette fois-ci, l’enclos se situe en banlieue parisienne, près de l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle. De cet endroit sont visibles les ailes des avions en partance vers des destinations lointaines. Le tarmac et le reste de la France sont inaccessibles : la zone est entourée d’une double rangée de clôtures grillagées chapeautées de fils barbelés. Cette barrière correspond précisément à la description faite par les deux frères camerounais de la frontière entre le Maroc et l’Union européenne, à Melilla, où sont morts des migrants qui tentaient de passer.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot est construit dans une de ces plaines non-identifiées, entre ville et campagne, où les échangeurs croisent des bâtiments de stockage, derrière des talus, à l’écart des regards. On y entre difficilement, en restant flou sur l’objet du reportage, pour entrer et voir, après des mois de démarches, entre mails, coups de téléphone, attente et autorisation à la dernière minute. Près de 5.000 étrangers en situation irrégulière y ont été « retenus » en 2005, soit un « taux d’occupation de 96,55% », selon le commandant de gendarmerie en charge du centre [1]. « On a eu 108 nationalités, surtout des gens d’Afrique du Nord ». Il détaille la liste : 564 Algériens, 466 Roumains, 402 Maliens, 342 Turcs, 321 Marocains, 170 Moldaves, 158 Chinois, 149 Tunisiens, 105 Sénégalais, 103 Camerounais, 141 Congolais, 99 ressortissants de la République démocratique du Congo et 94 Ivoiriens ». « Voici pour les habitués, mais on a un peu de tout ici, même des gens de nulle part ». « On observe une pression des pays de l’Est, les Roumains, par exemple, ils viennent ici, ils se font expulser en masse, ça leur paye le billet du retour pour revoir leur famille, et ils reviennent, la Roumanie, c’est tout près en car. On a aussi de plus en plus de Chinois et d’Indiens, on a eu par exemple 89 Indiens rien qu’en 2005, avant on n’en voyait jamais ».

Une prison pour étrangers indésirables ? Le commandant rectifie : « ici, on retient les personnes, ce sont des retenus, pas des prisonniers, on les retient le temps de connaître leurs droits ». Une sorte de sas dont l’organisation est réglementée depuis peu, puisqu’il a fallu attendre les deux décrets du 19 mars 2001 et du 30 mai 2005 [2] pour que soient précisées les conditions matérielles de la rétention dans les 23 centres reconnus. Il existe aussi des locaux de rétention administrative, plus petits, mais leur emplacement échappe à toute publicité.

lire la suite sur le site de Vacarme http://vacarme.eu.org/article1203.html

Notes

[1] Après l’arrêt de l’immigration de travail en 1974, l’État cherche à se doter d’outils pour expulser les étrangers en situation irrégulière. En 1975, la découverte à Arenc près de Marseille d’une « prison clandestine » destinée aux sans-papiers provoque une campagne de mobilisation pour en obtenir la fermeture. En vain. Pour la première fois, la loi Bonnet et Peyrefitte de 1980 permet d’exécuter par la force une mesure d’expulsion du territoire ou de reconduite à la frontière. Alors que François Mitterrand vient d’être élu, la loi du 29 octobre 1981 légalise et organise la rétention administrative (source : Cimade)

[2] Le décret du 30 mai 2005 encadre les conditions matérielles de la rétention. Il précise notamment que « chaque étranger est mis en mesure de communiquer avec toute personne de son choix » et que la capacité d’accueil des centres ne peut dépasser 140 places (156 au centre du Mesnil-Amelot), avec une mise aux normes au plus tard le 31 décembre 2006. Le décret consacre aussi l’« accueil » des enfants. Un arrêté du 7 juin 2006 donne la liste des centres de rétention.

Carine Eff

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