Maraudes de juillet et d’août 2006

| publié le 13 septembre 2006 |

Appliquer chaque fois que c’est possible le dispositif prévu dans l’espace de Schengen par les accords de DUBLIN pour les personnes qui en relèvent dans les arrondissements de l’est parisien. Cette phrase du rapport d’Anne de Fleurieu résume bien la volonté de se débarrasser de ces exilés encombrants, entassés sur les quais du canal St Martin, où l’on trouve maintenant des familles avec des enfants très jeunes. Dire que leur situation ne peut être réglée par les dispositifs d’accueil d’urgence, après les déclarations faites lors des réunions sur la précarité dans le 10ème arrondissement visant à les exclure du dispositif d’urgence hivernale à Paris, laisse craindre une dégradation de la situation cet hiver.

Réticences des mineurs vis-à-vis des associations et des hôtels

Durant le mois de juillet il a été extrêmement difficile de convaincre les jeunes afghans de se rendre dans les associations du dispositif « admis ». Même lorsque FTDA nous a indiqué que des places étaient disponibles dans les hôtels, il a été impossible de convaincre les jeunes d’y aller. Ceci est certainement lié au fait que les mineurs semblent rester nettement moins longtemps sur Paris. Beaucoup ne font que passer, comme ces deux afghans d’une douzaine d’années rencontrés lors d’une maraude avec Zinédine de l’association « Enfants du Monde Droits de l’Homme » et de la présidente du Syndicat de la Magistrature. Ils sont également méfiants car ils ont peur qu’on leur prenne leurs empreintes dans les associations et visiblement les « anciens » n’arrivent pas à les convaincre. S’ils étaient encore 25 début juillet, il n’en restait plus qu’une dizaine à la fin du mois de juillet. Certains qui avaient dit attendre leurs papiers sont partis. Il semble que la pression parfois mise sur eux pour obtenir rapidement ces documents ne les encourage pas à rester plus longtemps. En août de nombreux jeunes, près d’une dizaine de mineurs par semaine, sont arrivés et le 27 nous avons signalé aux associations du dispositif « admis » la présence de nombreux mineurs dont au moins trois de moins de quatorze ans. Les personnes de l’association « Aux Captifs, la Libération » qui sont passées le 29 août n’ont pas réussi à convaincre les jeunes de venir. Deux de ceux qui y étaient allés la veille et avaient été placés à « Enfants du Monde Droits de l’Homme » en étaient repartis le lendemain trouvant l’accueil trop rigide. Pourtant leur fournir un accueil décent leur permettant de se poser après leur passage difficile, c’est-à-dire leur permettant de disposer d’informations mais aussi de temps pour être en confiance, est une nécessité. Comme ils ne vont plus dans les associations, ils n’ont plus avec eux de cartes avec leur nom, leur photo et leur âge, carte qui les protégeait un peu (sauf à Calais) lors de contrôles de police. Ils nous ont d’ailleurs dit que l’association « Aux Captifs, la Libération » ne donnait plus de cartes. L’un d’entre eux arrêté à Nancy a subi l’examen osseux qui l’a déclaré majeur malgré son aspect physique. Ces réticences des mineurs sont aussi peut-être liées à un certain relâchement de notre part dans les discussions avec eux. Il faut dire que la dispersion des exilés, avant qu’ils ne regagnent le canal, rend les maraudes un peu plus difficiles, d’autant plus que le nombre des maraudeurs diminue avec les vacances. A noter enfin que la plupart des jeunes rencontrés depuis décembre dernier ont pu quitter la France. Certains ont cependant décidé de rester (une quinzaine ?).

L’arrivée des familles...

Durant le mois d’août et début septembre sept familles sont arrivées à Paris. Le 13 août, un père et ses deux enfants de 6 et 9 ans, puis le 26 deux familles avec 6 enfants (3, 5, 6, 7, 8 et 10 ans) qui ont décidé de ne pas rester à Paris et d’aller à Metz (ou Reims) où une association d’afghans pouvait les aider, deux familles avec trois enfants entre 3 et 9 ans le 3 septembre et deux autres avec 5 enfants le 4 septembre. Les cinq familles voulant rester à Paris, elles ont été orientées vers la CAFDA mais trois n’ont pas pu être logées immédiatement. On les retrouve sous les tentes près du canal St Martin.

...et leurs problèmes pour demander l’asile

Toutes ces familles viennent de Grèce où elles ont vécus dans des conditions déplorables sans obtenir de prise en charge ni médicale, ni sociale. Les enfants n’ont pas pu être scolarisés. Elles arrivent donc en France avec l’espoir de pouvoir y demander l’asile, mais leurs empreintes ont été prises en Grèce. Le père, premier arrivé, n’a pas eu son autorisation de séjour mais a reçu une convocation pour le 12 septembre au Centre de Réception des Etrangers rue d’Aubervilliers. Il est probable qu’il va faire l’objet d’une procédure de réadmission. Ceci risque d’arriver aux autres également. Dans ce cas l’article de la convention de Dublin concernant la détermination de l’État responsable et la possibilité d’invoquer des causes humanitaires (art 15) peut-elle être invoquée vu le rapport du HCR sur l’asile en Grèce ? L’article 3-2 indique aussi que tout État peut décider de traiter une demande d’asile même si un autre État en est responsable. Quelles sont les possibilités de faire jouer "l’intérêt des enfants" compte tenu de l’accueil en Grèce ? Un recours auprès de la CEDH peut-il être tenté ?

Quel suivi médical pour les exilés ?

Des contacts ont été pris avec « Médecins du Monde » rue Parmentier pour voir comment assurer le suivi médical des exilés après la fermeture de l’antenne MSF passage Dubail. Ils peuvent s’y rendre, mais avec les horaires d’été (ouverture le matin seulement) ils devraient y être vers 8h30, ce qui semble difficile. On les a donc orientés vers les Permanences d’Accès aux Soins de Santé des hôpitaux St Louis et Lariboisière qui peuvent accueillir des malades sans papiers. Mais il est difficile parfois de se faire soigner lorsque l’on ne parle ni français ni anglais et plusieurs sont revenus après avoir été refusés à l’accueil et il a fallu faire une note pour qu’ils soient acceptés. Certains aussi ont été réorientés vers d’autres hôpitaux, notamment La Pitié, mais ont rencontré des problèmes comme celui qui avait une plaie infectée à la jambe. L’antenne psychiatrique de MSF n’est toujours pas ouverte. Pourtant vu l’état de certains jeunes actuellement et aussi l’état dépressif du père des deux enfants arrivé mi août cette antenne serait très utile.

Des exilés indésirables

Le nombre des exilés a augmenté en juillet. Ils étaient plus de 80 près du canal sans compter les kurdes et iraniens qui sont au square Satragne et on peut s’attendre d’après les informations qui viennent de Grèce et d’Italie à de prochaines arrivées importantes. Le campement sur les berges du canal St Martin s’est agrandi (douze tentes) comme vous pourrez le voir sur les photos mise sur le site « exilés 10 » (http://pajol.eu.org/article970.html). Ceci est entre autres la conséquence du « nettoyage » du terrain de boules avenue de Verdun le 18 juillet où toutes les affaires des exilés ont été enlevées suite à une intervention de la police, sans interpellations.

En août avec les arrivées d’Italie et surtout début septembre compte tenu des problèmes à Calais (une bagarre ayant fait un mort et onze blessés) le nombre a encore augmenté.

La réaction de la mairie de Paris devant la présence des tentes de Médecins du Monde a fait craindre que les exilés soient contraints de partir du canal. Heureusement la réaction des associations et la médiatisation importante face à la mairie de Paris a bloqué toute tentative d’expulsion des SDF et des exilés. La solution proposée, notamment les 80 places d’hébergement de nuit à la Boulangerie était largement insuffisante et surtout inadaptée. Si de nombreux exilés ont dit qu’ils seraient d’accord pour aller dans cet hébergement lors d’une maraude avec Mylène Stambouli (maire adjointe, chargée de la lutte contre l’exclusion), aucun n’était d’accord pour aller attendre les deux bus à l’Agora près du Châtelet. Une demi-heure de marche, l’attente du deuxième bus jusqu’à 23h sans certitude d’avoir une place les a rebutés. Mettre ces bus au Châtelet, ce qui s’inscrit bien dans la phobie des exilés exprimée lors de la réunion précarité de juin, était visiblement une volonté d’exclure ce type de public de l’hébergement.

Dans le rapport de la médiatrice, Agnès de Fleurieu on peut lire : 2.2.7. Appliquer chaque fois que c’est possible le dispositif prévu dans l’espace de Schengen par les accords de DUBLIN pour les personnes qui en relèvent dans les arrondissements de l’est parisien La situation des étrangers qui espèrent atteindre l’Angleterre et se sont regroupés dans des squares de l’Est de Paris (square des Récollets par exemple) ne peut être réglée durablement par leur hébergement dans les dispositifs d’accueil d’urgence prévus pour les personnes en situation de grande exclusion. Des élus de Paris ont envisagé l’implantation de kiosques permettant un accès aux informations administratives, sociales et sanitaires de base pour ces personnes dont la situation relève de l’application de la Convention de Schengen et plus particulièrement des accords de DUBLIN qui prévoient que le pays d’entrée dans l’espace de Schengen a la charge de régler la situation administrative des personnes entrées de manière irrégulière dans cet espace. Une partie de ces personnes devrait donc retourner vers le pays de l’Union Européenne qui a été leur point d’entrée sur l’espace de Schengen. Mais la grande difficulté vient du fait que ce dernier est le plus souvent inconnu comme parfois d’ailleurs la nationalité de ces personnes.

Cela laisse penser que les exilés seront exclus des dispositifs d’accueil d’urgence et que cet hiver risque d’être difficile. Des menaces ont aussi plané un moment sur la distribution des repas le soir, par l’Armée du Salut. Les riverains et/ou la mairie du 10ème auraient estimé que la distribution près du parc Villemin posait des problèmes d’hygiène. Les exilés en ont été rendus responsables. Ce serait eux seuls qui jetteraient les papiers, cuillères et autres par terre. Mais ces problèmes, parait-il liés aux « jeunes afghans qui sont bien gentils mais qui ne veulent rien entendre » ont été rencontrés aussi à Austerlitz... où il n’y a aucun afghan.

Demander l’asile ou vouloir retourner dans son pays n’a pas été simple en juillet/août.

Fin juillet il était quasiment impossible lorsqu’on ne parlait pas français de pouvoir aller rue d’Aubervilliers au Centre de réception des étrangers avec sa feuille rouge de FTDA. Les quelques afghans qui y sont allés se sont retrouvés perdus au milieu des familles d’enfants scolarisés venues pour déposer leur dossier suite à la circulaire du 13 juin. Impossible pour eux d’obtenir une aide de la police sur place qui se contentait de les envoyer balader. L’un deux y est allé plus de 4 fois sans succès et début août il ne savait plus quoi faire.

La plupart des demandeurs d’asile avaient enfin réussi fin août à être reçus, après quelques nuits d’attente, mais beaucoup s’inquiétaient des empreintes prises en Grèce.

A l’ANAEM la situation n’était pas plus simple. Un jeune afghan, ne parlant ni anglais ni français, voulait rentrer à Kaboul. Il n’a pu être reçu qu’après un coup de fil à un responsable. Après deux refus de l’accueil il a pu enfin, avec une lettre de notre part, avoir accès aux informations et commencer la procédure de retour après deux semaines.

Des accidents mortels

Fin juillet un afghan a téléphoné à ses amis de Douvres, annonçant qu’un des mineurs que l’on connaît depuis février aurait été écrasé par un camion à son arrivée en Angleterre. Après vérification auprès d’organisations anglaises, nous avons appris qu’aucun accident n’avait eu lieu... et d’ailleurs le lendemain le jeune supposé mort était de nouveau à Paris. Les rumeurs courent vite parmi les exilés. L’information était déjà parvenue aux quatre coins de la France. Un peu avant nous avions reçu aussi de Calais l’information, malheureusement bien réelle, de la mort d’un jeune pachtoun sur l’autoroute près de Notkerque.

Devant les difficultés du passage en Angleterre, des solutions diverses

Malgré une rumeur plutôt optimiste selon laquelle il y aurait une possibilité d’immigration pour 500 afghans en Angleterre, la plupart des exilés se sentent coincés. Le passage en Angleterre leur semble aléatoire et ils essaient de trouver d’autres solutions. Certains envisagent de partir dans d’autres pays mais nous demandent des informations sur celui qui pourrait les accueillir. Ils sont généralement déçus par nos réponses, mais il n’y a aucune solution en Europe et ils sont condamnés à rester la balle dans cette partie de ping-pong européenne. A chaque fois les discussions autour de la convention de Dublin, des prises d’empreintes et d’Eurodac les attristent. Plus d’une trentaine seraient partis vers la Suède avec l’aide d’« agents » efficaces d’après les autres. D’autres voulaient partir vers le Canada mais se sont fait escroquer par un pakistanais ; ils auraient ainsi perdu 6 000 euros chacun. Des arrivées de déboutés d’Angleterre, après un renvoi en Grèce d’où ils sont expulsés et aussi d’Allemagne où les conditions de vie dans les « camps » de demandeurs d’asile semblent assez difficiles. D’autres essaient de trouver d’autres solutions : l’asile, mais peu sont tentés ; la Légion Étrangère, mais je n’en connais aucun parmi la vingtaine qui y sont allés depuis décembre qui ait été accepté ; le retour... D’autres enfin « s’installent » dans leur situation de sans papiers en France et trouvent du travail au noir à Paris ou ailleurs, et des logements.

Des interpellations et mises en centre de rétention un peu partout en France

De nombreux exilés ont été arrêtés mais peu ont été expulsés. Même ceux mis en rétention ont généralement été relâchés rapidement, parfois avant la fin de la première période de 15 jours. Cependant des rumeurs d’expulsion vers le Pakistan ont inquiété les exilés. En fait, un seul afghan se disant pakistanais aurait été expulsé vers le Pakistan sans que l’on sache pourquoi l’Ambassade l’avait reconnu comme étant pakistanais et signé son laissez-passer contrairement à son habitude.

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